Processus de changement – Rechute et acceptation

Processus de changement – Rechute et acceptation

Il arrive parfois qu’une personne ayant significativement modifié son style de vie retourne à de vieilles habitudes. Après avoir entrepris d’augmenter son niveau d’activité physique, avoir fait l’apprentissage d’un nouveau programme d’exercices, l’avoir exécuté en l’adaptant à soi, et même avoir déjà observé des améliorations sur sa condition physique, voilà que tout semble basculer. Absentéisme aux entraînements, apparement sans justification. Ou peut-être recherche de raisons expliquant la cessation temporaire de son entraînement, tout en sachant qu’il aurait tout de même été possible qu’il ait lieu, selon d’autres modalités. Découragement. Mais surtout: Crainte du retour à l’entraînement.

Que se passe-t-il lors de cette période de “rechute” ?
La procrastination devient l’outil privilégié par l’individu pour gérer son horaire d’entraînement: Il remet ses scéances à plus tard. Et encore plus tard. L’individu peut se mettre à croire qu’il ne veut plus s’entraîner; il questionne sa décision initiale. Paradoxalement, il s’en veut d’agir ainsi. Survient alors un cycle vicieux des plus particuliers (pour ne pas dire intéressant, du moins sur le plan conceptuel): Il y a progression circulaire entre différente phases, qui sont:
1- État dépressif
2- Recherche désespérée de “motivation” de la part d’une source externe

Résultats de la recherche: Des conseils visant à ce que l’individu évite les distractions (re-centre son attention sur l’entraînement), et se contraigne à effectuer l’entraînement malgré lui.
(Je ne peux m’enpêcher de devancer la suite de l’article et exprimer immédiatement mon désaccord ! Voir mon article Sur le Changement pour plus d’infos)
Occasionnellement: Une ou des citations/aphorismes/proverbes/textes de motivation de la part de célébrités, pseudo-philosophes, anonymes de groupes de discussion sur internet, ou autres.

3- Adoption de la motivation externe. Combinée à la colère de l’individu envers lui-même, il en résulte:
4- Imposition d’objectifs de remise en forme surcompensatoiresVengeance sur soi. Exemple: << Parce que je ne me suis pas entraîné aujourd'hui, je ferai ma séance après-demain, en surplus de celle déjà prévue. >>
5- Mensonge à soi-même consistant à se convaincre artificiellement de sa bonne volonté et de sa toute puissance à réussir l’atteinte de ses objectifs totallement irréalistes
6- L’individu fait face à l’impossibilité d’atteindre ses objectifs, ou se sent surchargé par leur difficulté et l’importance qu’il leur a accordé.
7- Procrastination et découragement.
8- Retour à l’état dépressif.

En voici un exemple touchant. Les mots qui suivent ont été extraits, avec permission, d’un forum de discussion sur internet accessible au public. Toutefois, afin de protéger l’identité de la personne. la source exacte ne sera pas mentionnée, et j’ai paraphrasé le texte.

<< Je sais que cet endroit n'est pas vraiment conçu pour motiver les gens, que c'est plutôt un endroit pour apprendre, et que personne ne peut me motiver sauf moi-même. Mais je me sens dépourvue; désespérée. J'ai lu un truc voulant qu'on se souvienne d'un moment où nous étions en colère et d'utiliser cette colère pour avoir un bon entraînement exigeant, mais je me sens tellement en échec que je ne parviens pas à me rendre au stade de colère, je demeure désespérée. Quelqu'un connaît-il une technique pour sortir du désespoir et se rendre au stade de colère et de motivation ? >>

Cette personne est presque désolée de demander de l’aide. Elle affirme que personne ne peut la motiver sauf elle-même… mais “se motiver”, exprimé avec la forme pronominale, est un non-sens: Il implique l’artifice; il implique d’agir contre soi. Elle répond à son désespoir par une tentative d’être en colère. De ce fait, elle tente volontairement de suivre le cycle malsain que j’ai décrit. Aussi illogique que ce soit, “se mettre en colère et utiliser cette colère” (contre soi) serait un conseil publié, censé (mais non sensé) permettre de “se motiver” ! Le passage “un bon entraînement exigeant” est possiblement indicateur d’une tendance à la surcompensation.

Voici une des réponses obtenues:

<< Cela a beau être cliché, tu DOIS:
– fixer des objectifs
– être constante
– “work your ass off” (travailler comme une forcenée)
– et ceci est peut-être le plus important: prier à dieu, les saints, et les anges pour de l’aide (ils peuvent – et vont – et veulent – t’aider)
Bonne chance ! >>

Il serait difficile, à mon avis, d’offrir de pire conseils. L’imposition d’objectifs additionnels visant à se forcer à progresser malgré tout risque d’augmenter les difficultés éprouvés en s’ajoutant aux objectifs irréalistes surcompensatoires que la personne à tendance à se fixer. “Work your ass off” (Travailler comme une forcenée) renforce ce comportement malsain. Enfin, ni dieu, ni les saints, les anges, ou la chance, s’ils existent, ne vont faire ce que seule la personne elle-même peut faire: une introspection depuis longtemps dûe.
– À quel besoin répond ma rechute ?
– Qu’est-ce que je ressents ? Pourquoi ?
– Est-ce que je me respecte dans ma démarche de changement ? Suis-je respectueuse de mes limites, de mes capacités, de mes besoins ?
– Est-ce que je m’accorde le droit au découragement ? À l’épuisement ?

Si la personne a un entraîneur personnel (préférablement un kinésiologue) pour la superviser. il est possible qu’elle craigne de lui faire face. J’émets l’hypothèse qu’elle perçoit chez lui un jugement négatif potentiel. Ce dernier serait en partie dû à un phénomène de projection: L’individu projette chez l’entraîneur ses propres jugements négatifs de lui-même, qu’il a développé durant ses cycles d’alternance rechute-surcompensation. Mais, il m’apparaît nécessaire d’ajouter une seconde explication, complémentaire: Une approche trop courante en entraînement est celle inspirée du modèle comportemental (aussi nommé “béhavioriste”, de l’anglais behaviour) en psychologie, où, grosso-modo, les “bons” comportements sont renforcés (encouragements verbaux et félicitations, sentiment d’acceptation conditionnel) et les “mauvais”, punis (l’entraîneur fait part de sa déception, son non-verbal exprimant le rejet, etc.). Le pratiquant recherche-t-il de la motivation ? L’entraîneur lui en fourni: Une motivation externe, qui se veut temporaire (les encouragements n’étant donnés que lors d’atteinte d’objectifs; ils dépendents de la performance) et beaucoup moins transcendantale que si elle prenait sa source au sein même du pratiquant. En évaluation, le pratiquant voit sa confiance/son ego haussés lors de ses succès, mais se sent inadéquat lors de ses échecs. Pas étonnante, la crainte du jugement de l’entraîneur, et la crainte de faire face à son échec. (L’échec de qui ? Ce double sens est délibéré !)

L’ACCEPTATION INCONDITIONNELLE EST UN ÉLÉMENT CRUCIAL D’UN PROCESSUS DE CHANGEMENT. Celle-ci doit être présente chez le kinésiologue, et il doit savoir la favoriser chez ses clients, car cette acceptation établit un climat d’aisance et de croissance personnelle qui supporte et est un catalyseur au changement.

Patrick Roy-V., B.Sc., Kinésiologue accrédité

1 Comments

J’ai appris des choses interessantes grace a vous, et vous m’avez aide a resoudre un probleme, merci.
– Daniel

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